Chaussures bespoke Yohei Fukuda
Les chaussures

Anatomie de la chaussure

Aujourd’hui, nous allons décortiquer ensemble la structure d’une chaussure, sa composition : son anatomie !

Pour bien démarrer ce blog, je m’attaque pour l’instant à présenter des sujets qui me semblent primordiaux dans une démarche de découverte et d’apprentissage des éléments qui nous intéressent. Dans mon premier article sur les vêtements, j’ai choisi le col de chemise, car la chemise est centrale dans une tenue élégante. Dans le prochain article à venir, qui aura pour thème l’horlogerie (je vous fais déjà un teasing), j’aborderai une question primordiale à savoir : les différences entre une montre mécanique et une montre à quartz.

Mais ici, nous parlons de chaussures. Nous parlons de chaussures parce que la chaussure, c’est d’une importance cruciale sur plusieurs points.

Du point de vue de l’anatomie humaine, la chaussure, c’est l’élément qui couvre notre pied et qui va nous accompagner en moyenne au moins 8 heures par jour. Elle aura un impact sur notre démarche, mais également sur notre posture, nos articulations et notre dos ! Le mal de dos, le mal du siècle !

Du point de vue de notre démarche d’élégance et de quête de précision, la chaussure est un élément clef d’une tenue. Entre le style de chaussures, sa matière, sa couleur, son montage : chaque élément peut représenter son importance dans une tenue. Certains codes évincent des matières ou des couleurs en fonction des circonstances. Il est bon de les connaitre même si à l’heure contemporaine nous dépassons parfois ces codes.

Un vieil adage dit que « l’on juge un homme à ses chaussures et à sa montre ». Je ne dis pas que c’est bien, je ne dis pas que c’est mal, en revanche je dirais que c’est loin d’être faux.

Tout ce qui fait partie du non-verbal : notre comportement, notre tenue, nos accessoires, notre regard, nos gestes, vont parler à notre place et envoyer des signaux sur notre personne. L’exemple le plus flagrant : des chaussures mal entretenues, avec un cuir délavé et plein de marques sont malheureusement chose commune, même chez des hommes dont la tenue vestimentaire semble irréprochable.

shoe care, entretien et patine
Avant/Après un bel entretien et une belle patine, réalisés par Michael Baldinger (IG : mbshoedoc)

Je pense que l’on considère souvent la chaussure comme un objet sale parce qu’elle est à notre pied et qu’elle foule le sol. Elle est aussi négligée parce que c’est l’élément le plus éloigné de notre regard. A mes yeux, c’est une erreur, car une chaussure bien entretenue n’est pas plus sale qu’un smartphone que l’on pose partout et que l’on ne nettoie jamais (parenthèse à ce sujet : petite lingette d’alcool isopropylique une fois par semaine minimum sur son smartphone -non, ne me remerciez pas, c’est ma bienfaisance naturelle 😊).

Nous allons donc parler de chaussures, et cet article sera un préambule à tout ce qu’il faut savoir, ou du moins ce qu’il serait dommage d’ignorer, sur la chaussure. Petit cours d’anatomie, c’est parti !

L'anatomie d'une chaussure

Avant de démarrer la décomposition de la chaussure, je tiens à apporter une précision, notamment sur la dénomination du mot « soulier ». Le terme « soulier » a une consonnance surannée, et on aime l’utiliser pour cette raison pour désigner une chaussure. Voici donc une définition stricto-sensu du soulier, tirée du Larousse mais que l’on retrouve également dans les bases de données du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) : soulier, nom masculin, « chaussure à tige basse et à semelle rigide qui couvre le pied ou une partie du pied ».

Vous l’aurez compris, le soulier est un type de chaussures basses qui ne monte pas plus haut que la cheville. Il ne concerne donc pas les bottines ou les bottes, et donc j’éviterai de l’employer pour éviter toute confusion : on parlera de chaussure, et quand il s’agira d’un type de chaussure particulier, nous l’appellerons par son nom. Tout simplement.

Pour commencer, voici une illustration originellement issue d’un poster Topy que j’ai modifiée. Je me suis également permis d’ajouter certains éléments qui me semblaient nécessaires d’être mentionnés :

l'anatomie d'une chaussure

Il s’agit ici d’une coupe transversale d’une chaussure que nous allons définir ensemble. Dans cette illustration, la chaussure semble montée en cousu Blake, dans la mesure où il ne semble pas y avoir de trépointe illustrée.

C’est parti pour un petit lexique permettant de définir les termes affichés sur l’illustration.

Petit lexique d'anatomie

La tige : On commence par la tige, parce qu’elle n’apparait pas sur l’illustration ! C’était le petit piège de la journée… La tige, c’est la partie supérieure de la chaussure qui va couvrir le pied. Tout simplement.

On continue le lexique, et cette fois on va y aller par ordre alphabétique, comme ça, si jamais vous avez besoin de vous remémorer quelle partie correspond à quoi, ce sera plus facile de vous y retrouver dans l’article.

Baguette : La baguette, c’est une pièce en cuir que l’on retrouve à l’arrière d’une chaussure et qui vient recouvrir la jonction des deux quartiers, dans le but de renforcer cette zone sous tension.

Bonbout : La partie du talon en contact avec le sol. Le bonbout est généralement en cuir avec une partie à l’arrière (coin renforcé) en caoutchouc. Il peut aussi être entièrement en caoutchouc.

Bout dur : Le bout de la chaussure, c’est sa pointe. Le bout dur quant à lui est une pièce de cuir plus rigide qui va renforcer cette partie de la chaussure et également protéger le pied du porteur. Je dis en cuir, mais on trouve souvent des bouts durs en matière thermoformable. Autrement dit : en plastique. La rigidité du bout d’une chaussure est une caractéristique très importante, et sa longueur va avoir un impact direct sur la position des premiers plis d’aisance qui apparaitront sur la claque de la chaussure. Le bout dur est placé entre la peausserie et la doublure.

Bout rapporté : Le bout rapporté, c’est une pièce une pièce de cuir supplémentaire cousue sur le bout de la chaussure, généralement fleurie, c’est-à-dire avec ces jolies perforations qui forment d’élégantes arabesques.

Bracelet : Une pièce de cuir qui peut être rajoutée à l’encolure de la chaussure, c’est-à-dire sur le pourtour du haut des quartiers. Cette pièce aura une fonction de renfort mais sera également décorative.

Cambrion : C’est une sorte de langue en matériau rigide d’une quinzaine de centimètres positionnée du milieu du talon jusqu’en queue de semelle (c’est la partie arrière de la semelle qui n’est généralement pas couverte par un patin). Cette pièce est très importante car elle permet d’empêcher la cambrure de s’affaisser dans le temps. Sa courbe est déterminée par la hauteur du talon. Généralement en acier bleui (j’ai trouvé ce petit détail assez chouette, car en horlogerie on utilise également de l’acier bleui), on en trouve également en bois, en plastique et, plus rarement maintenant, en cuir. Cette pièce est maintenue à la première de montage par une pièce en cuir (et parfois, tristement, en carton…).

Cambrion en acier ou bois structure de la semelle
Un cambrion en métal sur une chaussure Alden, contre un cambrion en bois (de travers) sur une chaussure Crockett & Jones

Claque : La claque est la partie qui couvre l’avant du pied, de l’arrière du bout à la base du cou-de-pied.

Coin renforcé : C’est la partie arrière d’un bonbout en cuir, et cette pièce est généralement en caoutchouc.

l'anatomie d'une chaussure
Coupe transversale de la partie antérieure d'une chaussure Allen Edmond (Photo tirée d'un projet de sacrifice d'une paire de chaussures pour analyser son montage. Par albo du forum De Pied En Cap)

Contrefort : Le contrefort, c’est l’équivalent du bout dur mais à l’arrière de la chaussure. Il est placé également entre la peausserie et la doublure et permet de maintenir le talon du pied bien en place et de maintenir la forme de cette partie de la chaussure dans le temps. Le contrefort aura un role aussi fonctionnel qu’esthétique en permettant à la chaussure de garder sa forme dans le temps.

Empeigne : L’empeigne n’apparait pas sur l’illustration non plus, car l’empeigne regroupe la partie antéro-supérieure de la chaussure, du cou-de-pied jusqu’à la pointe de la chaussure. En résumé, l’empeigne, c’est la claque + le bout.

Glissoir : Il s’agit de la pièce de cuir directement en contact avec l’arrière de votre talon, contre laquelle ce dernier va « glisser » pour venir se loger confortablement dans la chaussure.

Languette : Bande de cuir fixée à une de ses extrémités à l’arrière de la claque, qui protège le pied de l’empreinte des lacets.

Patin : J’ai gardé le patin sur le schéma, parce que personnellement, je fais poser des patins sur mes chaussures. Ou plutôt, sous mes chaussures. Le patin recouvre l’avant de la semelle en contact direct avec le sol. Le but est de protéger la semelle lorsque celle-ci est en cuir. Il y a des pro et de anti patins, car celui-ci a tendance à rigidifier la semelle, et on lui reproche d’empêcher cette dernière de respirer. Je pense qu’il faut peser le pour et le contre avec l’usure qu’une semelle en cuir peut rencontrer en fonction de son utilisation et le nombre de ports de sa chaussure (déterminé généralement par le nombre de paires que l’on possède).

patin et fer cordonnerie
Un patin et un fer encastré très joliment posés à l'Atelier (coordonnerie traditonnelle à Garches)

Première de montage : Il s’agit de la base de la chaussure. C’est la partie sur laquelle vient se monter la tige. En fonction du type de montage, on peut lui ajouter un « mur » , notamment dans le cas d’un cousu trépointe et à l’intérieur duquel on garnira de liège.

Première de propreté : C’est la semelle intérieure directement en contact avec notre pied. Elle est collée à la première de montage, et présente des finitions généralement plus fines que cette dernière (on retrouve souvent la marque du chausseur gravée sur sa partie postérieure). On peut trouver une talonnette sur la partie postérieure de la première de propreté, dans ce cas c’est sur cette partie que l’on retrouvera les inscriptions citées précédemment.

l'anatomie d'une chaussure
Coupe transversale de la partie postérieure d'une chaussure Allen Edmond (Photo tirée d'un projet de sacrifice d'une paire de chaussures pour analyser son montage. Par albo du forum De Pied En Cap)

Quartiers : Sur l’illustration, ce n’est pas forcément le plus clair, car j’y indique la doublure, dans la mesure où il s’agit d’une coupe transversale. Je m’aide de la photo ci-dessus sur laquelle on comprend mieux ce qu’est le quartier. Bon, sur cette photo, encore une fois il s’agit de la doublure d’un quartier, car on est ici à l’intérieur de la chaussure. Les quartiers, ce sont les deux pièces de cuir symétriques qui forment la partie postérieure de la chaussure, et qui se rabattent sur la languette.

Rempli : Dans le cas d’un montage Goodyear, ou cousu-trépointe, il s’agit de liège ou d’un amalgame de liège et de colle, avec lequel on va remplir l’espace entre la première de montage et la semelle. Cette plaque de liège, outre le fait d’apporter une structure supplémentaire à la chaussure, apportera également des qualités isolantes.

Semelle : La semelle, c’est ce qui vient recouvrir le dessous de la tige, et sur laquelle va venir se fixer le talon. Celle-ci peut être en cuir, mais également en caoutchouc.

Sous-bout : Concerne les différentes couches de cuir qui constituent le talon.

Trépointe : La trépointe est une bande de cuir qui entoure la chaussure et sert de lien entre la tige et la semelle, dans le cadre notamment d’un montage Goodyear (cf. photo ci-dessous).

structure d'une chaussure semelle trépointe
Magnifique démontage d'une paire de Weston par Oax du forum De Pied En Cap. La trépointe est mise en évidence ici, décousue de la tige et du mur de la première de montage

Les différents types de montage

Dans le lexique que vous venez de parcourir, j’évoque des éléments qui ne sont présents que dans certains types de montage. Je fais notamment référence à la trépointe, au rempli, ou au mur de la première de montage plutôt présents dans le cadre d’un cousu-trépointe, également appelé « cousu Goodyear » du nom de l’inventeur de la machine permettant de réaliser ce type de couture de façon industrielle.

Dans cet article, nous nous tiendrons à la structure anatomique de la chaussure. Je vous réserve pour un prochain article, les différents types de montages de nos chères et tendres chaussures. Pour n’en citer que quelques-uns et vous donner l’eau à la bouche, la prochaine fois, nous parlerons du cousu Goodyear, du cousu Blake et la différence avec son cousin le Blake Rapid, du cousu Norvégien et certainement de plein d’autres !

D’ici là, j’espère sincèrement que vous aurez apprécié cette petite leçon d’anatomie ! N’hésitez pas à me laisser vos remarques en commentaire, ou à apporter des précisions qui seront toujours les bienvenues !

Merci de m’avoir lu.

Romain

Auteur du blog "Elégance & Précision", Horloger sartorialiste et calcéophile, je partagerai avec vous tout ce que je trouverai sur les sujets qui nous intéressent : l'élégance masculine.

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