Yohei Fukuda Génie chaussure sur-mesure
Les chaussures

Yohei Fukuda : Le génie japonais de la chaussure sur-mesure

Dans cet article que certains ou certaines attendaient depuis longtemps, je vais vous parler de Yohei Fukuda, un des artisans bottiers les plus réputés au monde pour une raison très simple : Yohei Fukuda est un génie de la chaussure sur-mesure et son travail est reconnu et apprécié par les plus grands connaisseurs de la planète comme par les plus grandes maisons : John Lobb, Edward Green, Gaziano & Girling ou encore George Clerverley pour ne citer qu’elles. Un style à lui, des finitions hors du commun, une quantité d’heures de travail à faire pâlir Martine Aubry (oui, depuis que je travaille en Suisse les 35 heures sont devenues une sorte de notion abstraite, comme un vieux souvenir qu’on aimerait revivre mais qui appartient au passé, à un autre monde), bref : une paire de chaussures faite par Yohei Fukuda est reconnaissable entre mille même pour un néophyte.

Mais plus qu’un artisan talentueux, Yohei Fukuda c’est aussi un homme humble, à la vision très japonaise du travail et de l’excellence, une sagesse et une bienveillance rare, et aussi un ami. Dans cet article, je vais vous raconter toute l’histoire, la sienne, et la nôtre…

Yohei Fukuda bottier japonais
Shoe last Yohei Fukuda

Yohei Fukuda, un jeune japonais à Northampton

map northampton

Northampton située à mi-chemin entre Londres au sud et Birmingham au Nord-Ouest, est une ville connue des calcéophiles, autrement dit « les amoureux de la chaussure » et pour cause, cette ville héberge les manufactures de nombreux chausseurs de renoms tels que John Lobb ou Edward Green que je citais plus haut, mais aussi d’autres belles maisons plus abordables comme Crockett & Jones, Tricker’s, Church’s etc. Bref, considérée comme « La Mecque » de la chaussure, Northampton c’est à la chaussure ce que La Chaux-de-Fonds ou Le Locle sont à l’horlogerie. Quoi, vous ne connaissez pas La Chaux-de-Fonds ?? Ok, je note…

Il y a une vingtaine d’années, Yohei Fukuda s’envole du Japon pour se former au métier de « Shoemaker » (bottier, en anglais) dans le très prestigieux Tresham Institute à Wellingborough dans le Northamptonshire après une année d’étude à Brighton pour parfaire son anglais. Son plan de formation révèle déjà une détermination et une application à mettre toutes les chances de son côté pour exceller dans son domaine.

À l’issue de ses études de bottier, il travaille pour les plus grands, dont je citais les noms, plus haut. Sa motivation et sa détermination sont remarquées, et lors de son passage chez Edward Green, il insiste pour travailler sur les chaussures sur-mesure. Tony Gaziano alors encore chez Edward Green le recommande, et Yohei Fukuda travaillera successivement avec des mentors qui lui apprendront tout, de la fabrication sur-mesure d’un « Last », qui est la forme de la chaussure, généralement taillée et modelée sur-mesure dans un morceau de bois, à la découpe des pièces de cuir, les coutures, tout ce qu’il a pu apprendre à l’école mais mis en pratique auprès de véritables légendes vivantes de la chaussure haut-de-gamme.

George Cleverley Kingsman Gaziano Girling
Colin Firth (Kingsman) portant des George Cleverley (à gauche) et une paire de Split Toe Gaziano & Girling (à droite)

Être recommandé, cela facilite les choses diront certains. Mais est-ce facile d’être recommandé ? Laissez moi vous donner une idée du travail acharné que Yohei Fukuda s’est infligé durant ses années en Angleterre. Pour cela, il faut s’imaginer un jeune japonais expatrié en Angleterre, relativement seul, avec pour objectif de se former à un métier artisanal. Déjà, la culture japonaise est admirable dans la dévotion qu’un homme peut vouer à son travail et à l’atteinte d’objectifs hors-normes, souvent fixés personnellement.

Ainsi, et il me le racontait lorsque nous rentrions sur Neuchâtel (je vous raconte les détails de sa visite en Suisse plus bas), qu’il avait coutume de ramener du travail chez lui dans son appartement. Finalement équipé comme à l’atelier, il pouvait fabriquer n’importe quelle paire de chez lui. Là où les horaires de travail étaient fixes et normés pour certains, Yohei se fixait des journées de travail qui pouvaient commencer à 8h du matin et se terminer à 2h du matin le lendemain. Vous savez, quand une personne travaille 8 heures par jour à exercer un métier manuel, il acquière 8 heures d’expérience consciemment ou non, le corps enregistre. Yohei pouvait s’infliger des journées de 18 heures ! 18 heures de travail acharné, d’application et de dévotion à rendre un travail le plus parfait possible.

Il me disait en riant « tu sais, je crois que j’ai gardé ce rythme plus d’un an sans prendre de vacances, mais je ne le voyais pas comme une corvée, j’aimais faire ça, alors j’arrêtais simplement quand j’étais fatigué, ou quand je n'avais plus de travail ».

Voilà comment on se fait remarquer et recommander. Il travaillait tellement que sa charge de travail chez Edward Green ne suffisait plus, et c’est une des raisons pour lesquelles il a demandé à recevoir du travail de George Cleverley. Cela n’a pas été facile, mais son talent et sa détermination ne sont pas passés inaperçus !

Yohei Fukuda à Tokyo : le retour du jeune prodige

Yohei Fukuda Tokyo japonais
Yohei Fukuda photographié pour le Japan Times par Philip Patrick dans sa boutique à Shibuya

C’est en 2006 qu’il rentre au Pays du soleil levant, pour fonder deux années plus tard sa propre marque de son nom : Yohei Fukuda. À cette époque, il existe peu de bottiers indépendants et pour la plupart peu renommés. Aujourd’hui, la situation est bien différente grâce aux réseaux sociaux et les nombreuses expériences partagées ! Il existe énormément d’excellents bottiers de par le monde, et une grande partie des plus talentueux se trouvent aujourd’hui au Japon et pour beaucoup formés à l’école britannique ! Leur niveau d’application et d’attention aux détails font de ces artisans japonais ces élèves dépassant leurs maîtres…

Depuis 2008, Yohei Fukuda est à son compte. Proposant d’abord une offre unique en MTO (Made to order), et il revient sur le sur-mesure (bespoke) quelques années plus tard à la demande de ses clients les plus fidèles. Aujourd’hui, l’offre est plus large, permettant au plus grand nombre de pouvoir porter ses magnifiques chaussures grâce à une ligne en Prêt-à-porter.

Yohei Fukuda : un style à part

Le style Yohei Fukuda, on le retrouve beaucoup à travers les photographies qu’il partage sur Facebook ou Instagram, et qui subliment littéralement ses œuvres. Un fond toujours sobre plus ou moins contrastant mais absolument impeccable, sans une poussière, et des chaussures toujours magnifiquement mises en valeur par un glaçage démentiel offrant à la lumière du studio photo des reflets miroir.

Quand je lui ai dit que ses photos étaient magnifiques et que les chaussures étaient vraiment mises en valeur, que l’idée d’un studio photo était vraiment top, il m’a répondu « Ah c’est chouette que tu aimes bien, je me suis acheté un nouvel appareil et en fait c’est moi qui prends les photos ». Bluffant ! Jugez vous-même !

Celeste Yohei Fukuda
Paire de chaussures Yohei Fukuda
Chaussure bespoke Yohei Fukuda
Full Brogue Long Wing Yohei Fukuda

Son style est logiquement influencé par ses maîtres et on retrouve l’esprit de Cleverley, Green et Lobb, de même qu’on pourrait comparer certaines paires de Gaziano & Girling avec ces maisons par leurs origines partagées. Un style aux saveurs bien british avec des lignes racées, mais aussi et surtout la patte unique du Maître Bottier japonais rendant ce style unique au monde : le style Yohei Fukuda.

Comment j’ai fait venir Yohei Fukuda en Suisse

L’histoire est assez marrante tant elle parait simple et naturelle. Début 2021, je décide d’acquérir une tenue complète « Black Tie ». Pour rappel, le « Black Tie », que l’on appelle également Tuxedo ou Smoking suit, est une tenue extrêmement codifiée que je considère comme un des derniers remparts à la véritable élégance vestimentaire, celle possédant un code qu’il faut respecter pour ne pas se démarquer, un code qu’il faut respecter pour être remarquable. Paradoxe ? Surtout un sujet qu’on abordera un autre jour.

J’entrais en possession du costume, c’est-à-dire le pantalon et la veste. Laine fine et revers en satin, boutons de cérémonie, et coutures du pantalon recouvertes d’une bande également en satin. Je recevais plus tard ma chemise, le nœud papillon, le cummerbund et les boutons de manchette. Des chaussettes en soie ont rejoint la panoplie, me restaient les chaussures à choisir. Plusieurs choix s’offraient à moi : des chaussures vernies (oxford), des slippers en velours noir, ou des opera pumps qui sont des slippers vernis avec un ruban noué. Dans tous les cas, je ne voulais pas d’une paire de chaussures exclusivement dédiées à cette tenue, et je cherchais une alternative plus polyvalente.

Broadway Loafers The Armoury
Mocassins The Armoury - Modèle Broadway

Je suivais depuis déjà un moment Mark Cho, fondateur de The Armoury, et j’avais flashé quelques mois plus tôt sur une paire de mocassins baptisée « Broadway » en cuir suede chocolat, dont le Last avait été dessiné et développé par Yohei Fukuda pour The Armoury. En bon fan-boy que je suis (oui parce qu’évidemment j’étais un grand fan de Yohei Fukuda avant même de m’intéresser plus en profondeur au style vestimentaire classique pour homme), je m’étais juré d’en acheter une paire un jour ! Je retournais donc voir cette paire et découvrais qu’elle existait également en cuir lisse noir. Une paire à mi-chemin entre un mocassin classique et un slipper, un cuir lisse permettant de faire un beau glaçage pour challenger des souliers vernis, la décision était prise, je commandais la paire !

Photo The armoury broadway loafer
Ma paire de loafers Broadway (The Armoury) en cuir noir lisse

À réception, j’étais conquis. Et comme un enfant qui vient de recevoir un cadeau, j’idolâtrais cette paire comme un morceau du travail de mon idole. J’ai ensuite posté quelques photos en story sur Instagram en taguant le Maître bottier, et c’est ainsi que nous avons commencé à échanger ensemble.

Yohei Fukuda, amoureux d’horlogerie et collectionneur

Dans nos échanges d’alors, en passionné de chaussures je discutais avec un véritable artisan bottier, et Yohei me dévoilait sa passion pour l’horlogerie depuis son plus jeune âge ! Une discussion qui se transformait en partage de passions et partage de connaissances, même si je considérais Yohei comme un Maître bottier, là où j’étais loin d’être un Maître horloger. Il me dévoilait qu’à l’époque il hésitait entre la voie de l’horlogerie et de la chaussure.  Et il me montrait la première montre Suisse qu’il s’est offerte des fruits de son travail en Angleterre, en 2003 : une magnifique Zénith vintage (je mettrai à jour dès que j’aurai plus d’info dessus, zieutez juste ci-dessous la pépite ! ).

Zenth Patek Philippe
Zenith vintage (à gauche) - Patek Philipphe Calatrava 96 (à droite) - Crédits photos Yohei Fukuda

Yohei me dévoilait sa collection et me racontait l’histoire de deux de ses montres préférées après sa Zénith :

Une Patek Philippe Calatrava 96 vintage de 1950 montée sur son bracelet original Gay Frères. Un cadran à chiffres dits Breguet, cette Calatrava 96 qu’il convoitait depuis longtemps est une véritable icone et c’est probablement l’une de ses montres préférées. La montre fait 30,5mm, un petit diamètre qui reflète l’esprit et l’esthétique des montres de cette époque.

Naoya Hida NH Type 1C
Naoya Hida NH Type 1C - Photo de Yohei Fukuda

Sa seconde montre préférée (et celle qu’il portait en venant en Suisse) est sa montre Naoya Hida NH Type 1C. Il connait Naoya Hida depuis 14 ans. Naoya Hida était représentant pour FP Journe au Japon et c’est à cette époque qu’ils se sont rencontrés. Yohei était en train de lancer son entreprise et tous deux se sont liés d’amitié. En 2018, lorsque Naoya Hida lance sa propre marque de montres, Yohei lui commande un de ses tout premiers modèles pour le soutenir mais aussi et surtout, pour se faire plaisir parce qu’il adore l’attention portée aux détails liés à l’artisanat japonais derrière l’esthétique épurée de ses montres. Une philosophie partagée, et une montre qui ne le quitte presque jamais !

Nos discussions se faisant, nous arrivions à la période des Watches & Wonders et l’annonce des nouveautés nous a offert pas mal de sujets et de débats sur la question horlogère. Dont un principalement : quelle montre pour tous les jours ? Je pensais naturellement à l’Explorer de Rolex, sortie l’année précédente sous la référence 126470. Un retour aux origines du modèle avec une dimension de 36mm, un cadran noir laqué et une littérature de cadran…. Ok j’arrête. Bref, nous étions totalement d’accord avec cette idée de LA montre du quotidien que je le voyais totalement porter.

Rolex explorer 124270
Rolex Explorer 124270 - Crédit photo : Wornandwound.com

Alors je lui ai simplement demandé s’il voulait une Explorer de Suisse et de Neuchâtel, et s’il était prêt à venir la chercher ici ! Une proposition qu’il a reçu avec terriblement d’enthousiasme, car l’idée de mettre une histoire derrière une montre qui entre dans sa collection a presque plus de valeur que la montre elle-même ! Ni une ni deux, je vais voir mon Boss et lui raconte l’histoire, il rit (parce qu’en ce moment c’est compliqué d’attribuer des montres à nos clients tant la demande est forte), mais il accepte, voyant les étoiles dans mes yeux, comprenant à quel point c’est important pour moi. Nous sommes au printemps 2021 et la montre n’arrivera pas avant l’année suivante. Nous avons donc toute une année pour organiser sa venue, et je lui propose de réfléchir ensemble à un trunk show lors de sa venue, histoire de combiner l’utile à l’agréable…

Un an plus tard…

Yohei revient vers moi début 2022 en me disant qu’il prévoit un Trunk Show à Londres, et qu’il profiterait bien de l’occasion pour venir en Suisse. L’idée du Trunk Show se précise et nous décidons de le faire à Genève où il sera plus accessible pour ses clients. La question : où ? J’évoque alors 2 idées, la première chez un ami dont la maman tient une chemiserie artisanale, la dernière et unique chemiserie sur-mesure de Genève : vous avez bien compris, je parle de Revenga ! Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous invite à lire mon article sur le sujet ici. Je lui présente en quelques mots la boutique très chaleureuse, cosy, et un voisinage plutôt agréable (on est en plein cœur de la vieille ville de Genève en face du conservatoire populaire de musique, danse et théâtre). L’autre option est une boutique de chaussures renommée de Genève, revendeur de grandes marques dont Lobb ou Green, mais où je ne connais personne.

Revenga Geneve

L’idée d’un environnement familial, avec une dimension artisanale de qualité fait main, puisque Revenga propose de la vraie chemise 100% bespoke, tout en restant dans un cercle de connaissances (et de connaisseurs), a la préférence de Yohei. J’ai contacté Julio, qui est naturellement devenu mon ami lorsque nous nous sommes rencontrés pour mon projet de chemise bespoke, et je lui ai soumis l’idée. Il a tout de suite été partant, terriblement enthousiaste à l’idée d’accueillir Yohei Fukuda chez Revenga ! La mise en relation étant faite, je dois avouer que je les ai laissé organiser l’event ensemble sans vraiment mettre mon nez dedans. Et l’organisation a été dingue… Julio est non seulement un ami des plus sympathiques, agréables et d’excellente compagnie, c’est aussi et surtout un jeune homme brillant que le travail n’effraie pas ! Et pour cause, il a organisé un Trunk Show de folie à Genève les 8 et 9 juillet dernier d’une main de maître, de la soirée du 7 et tout ce qu’elle pouvait comporter d’organisation et de préparation, à l’event et le planning pendant ces deux jours. Un boulot de dingue, et le Trunk Show fut un succès !

Trunk Show Yohei Fukuda Revenga
Trunk Show Yohei Fukuda X Revenga auquel je n'ai malheureusement pas pu participer
Trunk Show Yohei Fukuda Revenga
La rencontre de deux univers passionnants

Alors la question qui est sur pas mal de lèvres : Me suis-je lancé moi-même dans un projet bespoke pour avoir une paire de Yohei Fukuda ? Allez, je vous dis tout dans la partie suivante !

L’arrivée de Yohei à Genève et notre rencontre

Nous ne nous étions jamais rencontrés, mais nous avions déjà tissé des liens amicaux dans nos discussions 2.0 échangées depuis plus d’une année. Le Trunk Show devant démarrer le 8 juillet avec la soirée de présentation le 7, Yohei prévoyait d’arriver le 6. Je lui proposais d’arriver quelques jours plus tôt pour pouvoir lui faire visiter un peu de Suisse et ma région. Il a volontier avancé son arrivée au 4 juillet, et je le cherchais à l’aéroport de Genève avec mon beau break familial : indispensable pour transporter les immenses malles pleines de chaussures nécessaires pour le Trunk Show !

L’accueillir était source de stress pour moi, j’allais rencontrer une personne que j’admire énormément, et même si nous nous entendions bien dans nos discussions écrites, c’était tout de même la première fois que nous allions nous voir et discuter de vive voix !

La rencontre s’est faite très naturellement, et nous sommes allés directement chez Revenga pour déposer les affaires et aller à la rencontre de Julio et sa maman Josepha. Sur le chemin, nous discutions déjà de tant de choses ! De son Trunk Show à Londres les jours précédents, de l’horlogerie et de mon activité du moment, de Genève et ses embouteillages ! Bref, deux amis qui discutent simplement : les prochains jours s’annonçaient d’être très agréables puisque nous allions faire du tourisme ensemble !

Yohei Fukuda Revenga
La rencontre entre Yohei Fukuda et Revenga : en famille 🙂

Arrivés chez Revenga, Julio nous a accueilli comme toujours avec un grand sourire et sa bonne humeur communicative ! Nous avons fait les présentations, stockés les équipements nécessaires à la boutique, bu une rasade d’eau avant de reprendre la voiture, car nous étions l’après-midi et de la route nous attendait pour rentrer sur Neuchâtel où une délicieuse fondue au champagne nous attendait ! Nous en avons quand même profité pour immortaliser le moment, et ça en valait vraiment la peine !

Je passerai rapidement les détails des jours qui ont suivi, puisqu’ils nous appartiennent, mais disons rapidement que nous avons enchainé 3 jours à bien manger à la maison comme au resto, 3 jours de bonnes boissons, de bons cigares, de belles visites (Neuchâtel, Berne, Gruyères, …), beaucoup de route, beaucoup de discussions et de partages. J’ai découvert en Yohei une personne extraordinaire d’humilité et de sagesse, mais aussi pleine de bons conseils, car il est mon ainé et il s’est comporté en grand frère (oniisan) avec moi, et mes enfants l’ont tout simplement adoré.

Tourisme Suisse Yohei à Gruyères
Visite du château de Gruyères avec Yohei et mon fiston
Yohei Fukuda en Suisse
Yohei et Victor se sont très bien entendus malgré la barrière de la langue

Alors bien sûr, toute cette aventure était faite à la base pour qu’il puisse récupérer son Explorer ! Mais tellement de choses s’enchainaient ce jour là que je n’ai même pas pris de photo souvenir ! Heureusement une de mes Chères collègues à pris une photo, comme un instant volé, et voici l’unique souvenir de son passage à la boutique, dans mon environnement de travail !

Yohei chez Michaud
Yohei à la bijouterie Michaud : je ne portais pas ma blouse mais c'était quand même un moment !

Nous n’avons évidemment pas oublié le fameux double wrist shot, juste avant de profiter d’un bon cigare…

Double wristshot Rolex Explorer Submariner
Cigare Romeo y Julieta Short Churchill

Le retour à Genève et mon projet bespoke...

Le 6 juillet au matin, nous avons pris la route direction Genève pour retrouver Julio et préparer le lieu. Nous nous sommes retrouvés chez Revenga, sommes allés déjeuner ensemble, et sommes retournés à la boutique, et là… évidemment nous sommes passés à la partie projet avec Yohei ! Je parle bien sûr d’une paire de chaussures bespoke !!!

Réunion au sommet pour discuter du projet

Généralement, un tel projet s’organise autour d’un rendez-vous lors duquel sont abordés les différents éléments de celui-ci. Nous avons passé 3 jours ensemble, donc même si cela n’a pas été notre unique sujet de discussion, nous avons eu le temps de l’aborder et surtout, de me faire changer d’avis sur le type de chaussures que j’allais commander !

Dans mon cas, nous sommes directement passés à la prise de mesures.

Yohei Fukuda Maitre bottier
Prise de mesures par Yohei Fukuda

Dans un premier temps, j’ai passé une paire de chaussures d’essai à la taille la plus proche. Ici du 8 (42). Une fois les chaussures enfilées, Yohei prend plusieurs mesures dont notamment l’écartement des garants à chaque œillet. Puis il palpe différents endroits de la chaussure et note toutes les observations qu’il peut faire sur la forme de mon pied dans cette chaussure d’essai. Quelques photos, puis nous passons à l’étape suivante : les mesures de mes pieds sans chaussure.

Prise de mesures par Yohei Fukuda
Prise de mesures par Yohei Fukuda

A plat sur une feuille, la forme de mon pied est dessinée et mesurée, mais aussi la profondeur de ma voute plantaire et la façon dont mon pied se pose.

Prise de mesures par Yohei Fukuda
Prise de mesures par Yohei Fukuda
Mesures chaussures sur mesure
Vous noterez que mon pied gauche est plus grand que mon pied droit de 1 cm !

Ensuite plusieurs mesures à différents endroits de mon pied, du cou de pied aux orteils à la partie la plus large du pied. Bref, tout y passe ! le petit outil qui ressemble à un pied à coulisse vertical permet de mesurer la hauteur de mon pied par rapport au sol à différents endroits.

Outils Yohei Fukuda

Une fois les mesures prises, nous devons déterminer quel cuir choisir ! Dans un tel projet, tout est possible, et même si je suis parti sur un cuir grainé marron foncé épais relativement classique, j’aurais pu partir sur de l’éléphant, de l’hippopotame ou encore tout un tas de cuirs exotiques. Pas besoin de monter au créneau sur l’origine de ces cuirs, les tanneries qui travaillent ces cuirs sont bien au fait au niveau respect de leurs filières partenaires, et les cuirs exotiques que l’on retrouve employés par les marques de luxe ont des exigences extrêmement strictes.

Cuir bespoke Yohei Fukuda

Une fois le cuir choisi, nous nous sommes mis d’accord une bonne fois pour toute sur le modèle. Puis sur tous les détails liés aux finitions : les finitions sur les quartiers et les garants, le nombre d’œillets, le type de talon, sa forme, les finitions de la semelle, intérieure et extérieure, etc.

Cuir chaussure sur-mesure
Ma commande de chaussure sur-mesure Yohei Fukuda

Bon arrêtons de faire durer le suspense plus longtemps sur le modèle que j’ai choisi…

J’ai toujours adoré son modèle « Celeste » pour son côté élégant, et totalement dans son style. Mais dans l’idée, je voulais une paire de chaussures que je pourrais porter plusieurs fois par semaine. Pour moi, toute cette aventure et ce projet n’allaient pas aboutir sur une paire que je mettrai en vitrine, mais bien une paire que j’aurai plaisir à porter régulièrement ! Le côté trop élégant de la Celeste m’a fait revoir ma réflexion.

Pendant ces 3 jours à parcourir du pays avec Yohei, je voyais la paire de chaussures qu’il portait, une paire de Derby split-toe marron foncé en cuir grainé… Il me confiait qu’il adorait cette paire et ce modèle qui devait avoir probablement plus de 1000 portés à son compteur ! Une paire portable en toutes circonstances aussi bien en costume qu’en jean. Alors je les ai observées… et le pauvre je l’ai fait marcher dans la caillasse comme sur des pavés pendant nos balades, et plus je les voyais et plus je me disais que j’aimais ce modèle !

Je ne possède pas vraiment de Derby et c’est vrai qu’une belle paire de Derby permet d’apporter un côté assez casual (sachant que je porte beaucoup de mocassins, je suis OK avec l’idée de porter des chaussures plus décontractées que la tenue). Le côté split-toe apporte la touche que le calcéophile appréciera, tant dans son esthétique que dans la technicité de sa réalisation. J’ai donc opté pour une paire de derby split-toe ! Et pour vous aider à visualiser ce à quoi la paire ressemblera, en voici quelques réalisations.

Yohei Fukuda Derby Split toe
Yohei Fukuda Derby Split toe

Désormais, vous savez tout ! ou presque tout. Car à ce stade, je suis comme vous : dans l’attente de la suite ! La confection de la chaussure prend du temps. Yohei m’expliquait que les bottiers anglais mettent entre 60 et 70 heures par paire, mais que dans son atelier, ses collaborateurs et lui-même mettent plutôt entre 110 et 120 heures par paire. La raison : une attention portée aux détails et une philosophie toute japonaise de l’excellence comme je le mentionnais plus haut !

En conclusion de cet article qui vous aura, je l’espère, fait découvrir cet artisan de génie, j’aimerais insister sur deux points s’il ne devait y en avoir que deux à retenir :

1. Yohei Fukura est un artisan hors pair ! D’un talent sans commune mesure et d’une gentillesse rare ;

2. Vivre une expérience « sur-mesure » ou « bespoke » est une expérience à vivre dans sa vie ;

En somme, je vous invite vivement à vivre ce type d’expérience avec un artisan bottier, et je ne peux que vous recommander Yohei Fukuda pour toutes les raisons que j’ai évoquées dans cet article !

Ce n'est pas fini !

Le hasard faisant bien les choses, et parce que j’ai mis beaucoup de temps à écrire cet article et à vous le proposer sur Elégance & Précision, beaucoup de choses se sont passées depuis le Trunk Show de Genève en juillet dernier ; aussi, dans précisément 10 jours, Yohei Fukuda sera à Paris chez Lutays pour un Trunk Show de 2 jours, le 18 et 19 novembre ! C’est une occasion rêvée de pouvoir le rencontrer et concrétiser ce qui, pour nombreux d’entre nous calcéophiles, est considéré comme un rêve, un but ultime !

Lutays Showroom Paris
Jean-Baptiste Rosseeuw dans son showroom Lutays in Paris 4 Bis Passage Landrieu. Photo © Benjamin Boccas

Le Trunk Show se déroulera au Showroom de Lutays au 4bis, Passage Landrieu à Paris (75007).

Pour les intéressé(e)s, n’hésitez pas à contacter Yohei Fukuda par e-mail à l’adresse : info@yoheifukuda.jp

C’est ici que s’achève cet article. J’espère avoir pu vous transmettre mon enthousiasme et ma passion au fil de ses paragraphes. Dans tous les cas, j’aurai plaisir à lire vos commentaires et à y répondre, et pour ceux qui auront la chance de rencontrer Yohei à Paris, je vous souhaite un bon Trunk Show !

Merci de m’avoir lu.

Romain

Auteur du blog "Elégance & Précision", Horloger sartorialiste et calcéophile, je partagerai avec vous tout ce que je trouverai sur les sujets qui nous intéressent : l'élégance masculine.

2 commentaires

  • Avatar

    Laurent Lecornu

    Bonsoir, très sympathique comme article.

    Me concernant je n’ai pas passé commande d’une paire bespoke et celles à venir ne le seront pas non-plus.

    Je m’imagine mal devoir me rendre au Japon pour essayer la paire d’essayage.

    Puis y retourner pour récupérer la version définitive.

    Peut-être procéde t-il d’une façon différente.

    En tout cas, rien que l’emballage démontre un jusqu’au boutisme, je dirais même un respect du client et de son travail.

    Objectivement j’ai énormément de paires et de différentes maisons très connues.

    Elles devraient s’inspirer de cette mentalité sur certains points.

  • Avatar

    ericb

    Superbe expérience Romain ! Passionnante. Merci de nous y avoir ouvert une fenêtre. On parvient à ressentir les sentiments qui t’ont animé tout du long.

    Quant au choix, je ne suis pas un grand fan des derbys mais je dois dire que cette paire ci c’est quelque chose. Hâte de voir le résultat final. Il sera à la hauteur, j’en suis sûr de ces moments partagés avec sensei Fukuda.

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