Le coton

Qu’est-ce que le coton ?

Le coton, c’est la fibre textile la plus utilisée au monde. Elle nous entoure et est utilisée dans la majorité des vêtements que nous portons. Choisir cette matière pour démarrer ce blog m’a semblé à la fois intéressant parce qu’elle parlera à tout le monde, mais aussi parce qu’il y a tellement de choses à dire ! ça peut vite devenir glissant, ce qui représente un défi stimulant !

En préambule, je vous propose de citer quelques vêtements que nous portons et qui sont constitués de coton. On pense tout de suite au T-shirt, au polo, à la chemise, au jean denim, au pantalon chino ou aux sous-vêtements (caleçons, slips, chaussettes). Dans les faits, on peut trouver du coton dans à peu près tous les vêtements que nous portons. Certains costumes sont également faits en coton, ou en blend (mélange) de coton, et bien qu’on apprécie les belles étoffes de laine fine, un costume en coton peut présenter d’autres avantages.

Pour apprendre à connaitre le coton, nous allons commencer par découvrir son histoire, c’est-à-dire ses origines dans le temps mais aussi dans l’espace. Nous parlerons évidemment de la plante en elle-même, ses différentes variétés, ce qui les différencient et à quoi elle ressemble. Quelques données économiques de production mondiale viendront agrémenter le tout pour notre plus grand plaisir. Pour finir, je nous laisserai de la matière à réflexion, je vous laisse découvrir celle-ci en fin de page.

Ce sera dans un prochain article que j’aborderai le coton sous son aspect textile, en étudiant toutes les étapes de la transformation du coton de la boule de fibres à la toile tissée, pour ensuite évoquer les avantages d’un tissu en coton.

Pour ce premier article sur le coton, je resterai donc sur une approche introductive (histoire et botanique), qui, vous le verrez, est déjà bien complète. J’ai orienté mes recherches sur de nombreuses lectures spécialisées, confronté mes données et vérifié mes sources. J’aurais pu vous restituer des données sans les vérifier, mais ç’aurait été contraire à la démarche que je me suis fixé.

Double d’investissement en temps car véritable travail d’investigation. Ça coûte, mais c’est diablement intéressant ! C’est aussi la raison pour laquelle je n’arriverai pas à vous écrire un article par jour…

Sur les premières traces du coton

Sites archéologiques du sous-continent Indien présentant des traces de coton (Source : journals.openedition.org – Les « arbres à laine » - M. Tenberg et C. Moulhérat)

Plusieurs sources évoquent les premières traces du coton à l’époque du néolithique (8500 ans à 3000 ans avant J.-C.) dans la région de l’actuel Pakistan. Dans un contexte archéologique, le coton est généralement découvert sous forme de fils ou de fragments textiles, préservés dans des conditions particulières (dans un environnement hyperaride ou imbibé). Dans la plupart des découvertes, les fibres ont été conservées par un phénomène de minéralisation, dû notamment à la corrosion des métaux avec lesquels les fibres étaient en contact (généralement dans un contexte funéraire).

C’est ainsi que la plus ancienne trace de coton sous forme de fibre a été découverte à l’intérieur de perles de cuivre dans une tombe du néolithique datée d’avant 5000 ans avant J.-C., sur le site archéologique de Mergarh au Béloutchistan.

Site archéologique de Mergarh (Source photo : www.sciencedirect.com – Crédit photo : C. Jarrige)

« Quelques » années plus tôt (1929), une expédition archéologique menée dans la vallée de l’Indus sur le site archéologique de Mohenjo-Daro, pas très loin, met en lumière des fragments de textiles en coton en contact avec un vase en argent. Les datations au Carbone 14 établissent ces fragments à environ 3000 ans avant J.-C. Ces différentes découvertes placent le sous-continent Indien comme le berceau officiel et historique du coton.

Fragments textiles en coton trouvé sur le site de Mohenjo-Daro (1929) (Source : www.harappa.com)

On trouve dans les écrits de l’historien et géographe Hérodote (484 – 425 ans avant J.-C.), les premières mentions du coton, validant cette origine indienne suggérée par les découvertes archéologiques : « […] les arbres sauvages y portent comme fruit une laine qui, en beauté et en solidité, dépasse celle qui vient des moutons ; et les Indiens s’habillent avec ce que ces arbres fournissent ».

Comment le coton est arrivé en Europe, puis en Amérique

A l’époque de l’Empire Romain, de nombreux échanges ont existé avec l’Inde. Les toiles de coton filées et tissées à la main étaient des biens rares et précieux, appréciés pour leur légèreté, leur capacité à laisser l’air passer, et leur exotisme évidemment.

En parallèle, la culture du coton se déplace hors de l’Inde vers l’Arabie et l’Egypte, et les arabes développent la culture du coton en Afrique au fur et à mesure de leurs conquêtes et les échanges commerciaux s’intensifient. La culture et la filature du coton s’exporte également vers la Perse et l’Arménie où elles seront florissantes jusqu’au XIIIème siècle.

C’est à partir du tout début du XVIème siècle que les portugais commencent à commercer avec l’Inde. Les « Indiennes » de coton sont des toiles imprimées de couleurs vives, représentant l’environnement Indien (faune, flore, scènes tirées de la culture orientale). Ces « Indiennes » ont un véritable succès en occident et ce succès engendre une explosion de la demande.

Indienne de coton aux motifs floraux exotiques (Source photo : www.revue-horizons.ch)

S’ensuivent les Compagnies des Indes. Je ne vais pas entrer dans le détail, bien que le sujet soit passionnant, mais pour vous présenter le contexte, le voici : l’Espagne et le Portugal prennent les routes de l’Ouest et se réservent l’exploitation de l’Amérique (Indes occidentales), et ce, tout au long du XVIème et XVIIème siècle.  Les autres grandes puissances Européennes (l’Angleterre, les Pays-Bas, la France, la Suède et le Danemark) partent en croisade en prenant les routes de l’Est (Indes orientales) dans le but d’agrandir leurs empires coloniaux afin de développer leur puissance économique et militaire.

Comptoirs des Indes (XVIème-XVIIIème) (Source illustration : Université de Pennsylvanie)

C’est donc en toute logique que ces compagnies des Indes vont importer des biens produits sur place, et qu’au fur et à mesure, importer les techniques de production elles-mêmes. Ainsi, vers la fin du XVIIème siècle, la production des « Indiennes » se délocalise en Suisse où elles sont imprimées, pour arriver ensuite en Alsace et en France à la moitié du XVIIème.

La fin du XVIIIème siècle voit la production du coton se délocaliser dans les Antilles, notamment à Saint-Domingue ainsi que les îles alentour, pour atteindre l’Amérique du Nord. La production se délocalise également en France où on y produit et transforme également le coton.

C’est précisément à cette période qu’apparaissent les grandes inventions dédiées à la filature du coton :

1764 : James Hargreaves construit la première machine à filer industrielle à plusieurs fuseaux, baptisée « Spinning Jenny » du nom de sa jeune fille. Le fil produit par ses fileuses n’est pas suffisamment robuste, mais il se prêtait très bien à l’usage de fil de trame.

Spinning Jenny (Source illustration : University of South Florida)

1768-69 : Richard Arkwright invente la fileuse à moulin à eau nommée « Water Frame », puis à vapeur l’année suivante grâce à l’invention de la machine à vapeur de James Watt (a priori, il a surtout amélioré et rendu fonctionnelle une machine inventée par Thomas Highs). La machine produit des fils de bonne qualité convenant parfaitement au fil de chaine.

1779 : Samuel Compton perfectionne les deux inventions précédentes en une nouvelle machine fonctionnant à l’énergie hydraulique dans un premier temps, puis à vapeur ensuite. La nouvelle-née se fait appeler la « Mule-Jenny » à la productivité environ 40 fois plus élevée que celle du rouet.

Mule-Jenny (Source illustration : Appleton’s Cyclopaedia of Applied Mechanics, 1892)

1789 : l’anglais Edmond Cartwright invente une machine à peigner le coton permettant de décupler encore plus la productivité de sa manufacture.

1793 : l’Américain Eli Whitney invente une machine à égrainer le coton, la « Cotton Gin ». Cette dernière sépare la graine de ses fibres de coton.

Cotton-Gin inventé par Eli Whitney (Source illustration : www.historycrunch.com)

Nous sommes à l’ère de l’industrialisation pendant laquelle la productivité est le mot d’ordre.

Nous sommes également dans un des Âges les plus sombres de l’esclavage. L’explosion de la production de coton dans les Antilles ainsi qu’en Amérique du Nord créé une vague d’importation d’esclaves pour travailler dans les champs de coton.

Image tirée du film « 12 years a slave » que je recommande chaudement… Un film tristement excellent

Au XIXème siècle, les Etats-Unis produisent 80% de la production mondiale de coton. Cependant, la Guerre de Sécession créera un arrêt brutal des exportations, provoquant pénurie et crise du coton en Europe, notamment en Grande-Bretagne où environ 250 000 travailleurs de l’industrie cotonnières se retrouvent sans activité. Cette situation sera favorable aux anciens acteurs d’origine : l’Inde et l’Egypte, qui reprendront leur place de producteur-fournisseur sur la scène internationale.

Aujourd’hui, le coton est principalement produit par la Chine et l’Inde en tête, suivis par les Etats-Unis, le Pakistan, le Brésil, l’Ouzbékistan, l’Australie, la Turquie, le Burkina Faso et la Grèce.

Nous arrivons au terme de notre épopée historique qui nous amène au XXème siècle. C’est dans la partie sur l’économie du coton que nous développerons la situation à cette époque jusqu’à aujourd’hui.

Enfilons nos gants et notre tablier de jardinier, et place à la botanique !

Le cotonnier, Gossypium

Champs de coton (Source photo : Wikimedia.org)

Le cotonnier (Gossypium) est un genre de plante de la famille des Malvaceae (on ne va pas aller plus loin je vous rassure). Il existe de nombreuses variétés d’espèces de coton (plus d’une cinquantaine), néanmoins seules 4 variétés sont exploitées dans la culture du coton : Gossypium arboreum, Gossypium herbaceum, Gossypium barbadense et Gossypium hirsutum.

De manière générale, le cotonnier est un arbuste pouvant atteindre une taille de plusieurs mètres, mais dans un contexte de culture, on limite sa taille à 2 mètres pour faciliter son exploitation.

Gossypium herbaceum dont le fruit est ouvert (Source photo : www.lecourrier.vn)

Le cotonnier va donner des fleurs et des fruits en même temps. Le fruit du cotonnier est une capsule ovoïde à cinq loges, contenant chacune jusqu’à douze graines. Le coton est formé de poils unicellulaires qui recouvrent ces graines. Chaque fibre de coton est formée, en partant de l’extérieur vers l’intérieur, d’une paroi primaire très fine (0,1µm) composée de cellulose, de cire, de lipide et de pectine. Puis une paroi secondaire, interne, plus épaisse (0,4µm) formée de 3 couches de cellulose formant une spirale. Pour finir, un canal, ou « lumen » au centre, contient les constituants cellulaires (cytoplasme).

Structure d’une fibre de coton (source image : www.futura-sciences.com)

Le poil de coton jeune est cylindrique, puis à maturité, le cytoplasme central disparait et le lumen s’aplatit. Ce phénomène étant irrégulier sur la longueur de la fibre (toute la longueur du poil n’étant pas nourri ou insolé de façon régulière), il entraine une torsion de la fibre. Cette torsion est finalement bienvenue car bénéfique au filage/tissage.

Passons maintenant aux 4 espèces principales de coton produites de nos jours

1. Gossypium Arboreum

Il s’agit de l’espèce que l’on suppose être à l’origine des fibres de coton découvertes sur les sites archéologiques du Pakistan, notamment par sa zone géographique de distribution. Originaire d’Asie, cette espèce est aujourd’hui principalement cultivée en Inde, en Chine et en Asie du Sud-Est. Ses fibres en font un coton moins intéressant à exploiter que ses cousins Gossypium barbadense et Gossypium hirsutum, car elles sont plus courtes (moins de 25mm) et plus grossières. Par conséquent, son exploitation est infime en rapport avec la production mondiale des autres espèces et son exploitation est principalement domestique (avec des applications différentes, comme pour la médecine par exemple).

2. Gossypium Herbaceum

Le Gossypium herbaceum est originaire d’Afrique du Sud mais on trouve des traces de cultures au Moyen-Orient. Cousin géographiquement proche du Gossypium arboreum, les deux espèces apparaissent néanmoins comme dérivant génétiquement de deux ancêtres distincts. Ses fibres sont également courtes et grossières, et sa production représente moins de 1% de la production mondiale, en quasi-totalité en Inde, et à des fins essentiellement domestiques.

3. Gossypium Barbadense

Le Gossypium barbadense est un coton originaire du Pérou, aussi appelé « coton des iles » (Sea island cotton). Son exploitation remonte à environ 2500 ans avant J.-C. pour la fabrication de fils, cordages et filets de pêche. L’Amérique du Sud est un autre berceau historique du coton.

Les fibres du Gossypium barbadense sont considérées comme les plus qualitatives des 4 catégories. Parmi les plus longues, entre 30 et 40mm mais pouvant atteindre jusqu’à 60mm, les plus blanches, les plus fines et les plus soyeuses. En Egypte et dans les Antilles, c’est l’espèce de coton majoritairement cultivée. C’est la raison pour laquelle l’indication de « coton d’Egypte » est généralement synonyme de qualité du textile.

Pour en revenir à notre Gossypium barbadense, son exploitation reste majoritairement concentrée aux Etats-Unis, en Chine et en Inde. Ainsi qu’en Egypte. Sa production mondiale représente moins de 10% de la production mondiale de coton malgré sa qualité de fibres supérieure.

4. Gossypium Hirsutum

Il s’agit de l’espèce principalement exploitée de nos jours (Upland cotton), avec près de 90% de la production mondiale de coton. Elle bénéficie d’à peu près tous les avantages vis-à-vis de ses cousines : des fibres de taille moyenne à longue (20 à 30mm) et une structure fine et soyeuse.

Originaire d’Amérique Centrale, ses principaux producteurs sont désormais la Chine, les Etats-Unis, et l’Inde. Le Pakistan, le Brésil, l’Ouzbékistan, la Turquie ou la Grèce sont également de très gros producteurs de cette espèce de coton.

Si la zone géographique a pu influencer la culture d’une espèce plus qu’une autre, aujourd’hui ce n’est absolument plus une règle établie. La dernière espèce présentée (gossypium hirsutus) possédant des caractéristiques offrant un meilleur rendement sur presque tous les points, bien qu’originaire d’Amérique Centrale, elle est désormais cultivée partout dans le monde et même en Inde où l’espèce Gossypium arboreum y était pourtant une espèce a priori endémique.

Le coton est une matière intéressante à tout point de vue : Un véritable acteur de l’économie mondialisée, du flux de savoir-faire textiles et de flux humains (dans le triste contexte de l’esclavage).

Je me suis permis cette petite transition pour rebondir sur l’aspect économique du coton, d’un point de vue contemporain.

L'économie du coton

Si à la fin du XVIIIème siècle, la production mondiale annuelle de coton représentait un peu plus d’1 million de tonnes, la production mondiale est estimée à environ 6 millions de tonnes au début du XXème siècle, avant la 1ère Guerre Mondiale.              

6 millions de tonnes, c’est environ ce que produit annuellement chacun des 2 grands producteurs de coton au monde aujourd’hui : La Chine et l’Inde. Les Etats-Unis suivent de très près avec tout juste 4 tonnes par an. La production mondiale annuelle est d’environ 25 millions de tonnes de fibre en 2019 !

Source : statista.com

Les Etats-Unis sont les premiers exportateurs de coton au monde avec 40% des ventes mondiales.

Au-delà de ces chiffres de volume ou de masse, le poids économique du coton est impressionnant : Si on considère que le cours actuel du coton se situe dans les 0,50 USD la livre de coton, que l’on produit dans le monde 25 millions de tonnes (55,115 milliards de livres), on a un aperçu du poids financier et économique du coton à l’échelle mondiale : 27,55 milliards de dollars américains…

Enjeux humains et écologiques

Cette dernière partie fera office de conclusion de l’article. Je vais évidemment vous présenter des données, des faits, mais je vais surtout laisser la fin de l’article ouverte à la réflexion. Une réflexion personnelle mais aussi une réflexion commune puisque nous la partageons ensemble.

Je vous invite d’ailleurs, et ça me ferait très plaisir, à me laisser un commentaire pour, d’une part, me faire part de vos impressions sur l’article dans sa globalité, si vous avez eu le courage de le lire en entier, et même si vous ne l’avez lu que partiellement. Mais également laisser un commentaire pour échanger ensemble sur ce dernier point.

La culture du coton présente 2 écueils majeurs :

  • D’une part un enjeu humain considérable, entre exploitation des enfants sur les plantations et conditions de travail très difficiles et très variables d’un pays à l’autre ;
  • D’autre part un enjeu écologique immense : le coton a un cycle de vie parmi les plus polluants de la planète…

1. Un enjeu humain

Quand je parle d’enjeu humain, je parle évidemment des conditions de travail, mais aussi de l’impact qu’a le coton dans une économie et dans les rapports sociaux entre les membres d’une même société. A titre d’exemple, on estime à environ 16 millions le nombre de personnes impliquées dans le cycle de vie du coton, de la production à la commercialisation en passant par la transformation. Et ce, uniquement pour les pays d’Afrique de l’Ouest dont je compte le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Tchad et le Togo.

Le coton a une part prépondérante dans l’économie des pays que je viens de citer, et le moindre sursaut sur le marché international du coton impacte directement et de façon significative la vie de travailleurs dont l’unique objectif est de travailler pour avoir de quoi vivre à la fin de la journée.

Enfants travaillant dans les champs au Burkina Faso (Source : Enquête Solidar.ch)

Par ailleurs, dans des pays comme le Burkina Faso, il a été largement démontré par une « enquête sur le coton » menée par Solidar Suisse, que des enfants travaillent à la récolte du coton, dès l’âge de 5 ans. Le coton burkinais est exporté principalement en Asie où il partira probablement pour un nouveau tour du monde… La quoi ? La traçabilité ? ah…

Mais le coton Ouzbek est aussi sujet à controverse, ayant pour acteurs des travailleurs forcés dans ses champs de coton. L’Ouzbékistan est le 7ème plus gros producteur de coton au monde.

2. Un enjeu écologique

Je disais plus haut que le coton a le cycle de vie parmi les plus polluants de la planète. D’une part, la culture du coton est extrêmement gourmande en eau. On estime entre 6000 et 27 000 Litres, le volume d’eau nécessaire à l’irrigation et le nettoyage pour produire 1kg de fibres de coton.

(Source illustration : boule-de-coton.com – Données : étude « Dirty laundry » Greenpeace, 2011)

Par ailleurs, le cotonnier est une plante très sensible aux parasites, et les champs de coton sont très largement traités avec des pesticides et herbicides. Pour vous donner des chiffres plus parlants, on estime que la culture du coton représente en surface entre 2,5% et 3% des surfaces cultivées mondiales. Attention, accrochez-vous. Selon l’OMS, au tout début des années 2000, ce n’est pas moins de 25% des insecticides et 10% des herbicides mondialement utilisés, et jusqu’à 50% dans les pays en voie de développement… Un véritable désastre écologique et un enjeu sanitaire mondial, car la question des perturbateurs endocriniens est un sujet d’actualité.

Quant à la transformation du coton, son nettoyage, son blanchiment, les traitements appliqués au coton sont radicaux. Chlore et autres azurants chimiques sont employés dans cette phase. Quant aux teintures, des métaux lourds comme le plomb ou le chrome sont généralement utilisés.

Autant vous dire qu’il ne fait pas bon vivre à proximité des grandes industries cotonnières.

Réflexion

C’est sur ces derniers mots que je vais conclure mon article et nous laisser un peu de place à la réflexion : que pourrait-on faire pour remédier à ces deux conséquences tragiques de l’attrait pour le coton ?

Finalement, une des pistes pourrait être la fin de la surconsommation. Ce terme n’est absolument pas galvaudé, car il s’applique pour à peu près tous les biens de consommation. Dès lors qu’on s’intéresse au fond des choses, il nous vient cette évidence : Pourquoi produit-on autant ? Parce que l’on consomme à mesure égale si ce n’est plus ! A-t-on vraiment besoin d’un nouveau T-shirt à chaque saison ? Attention, je ne prône pas la vie d’ermite en lambeaux. Mais à mon sens il y a un véritable fossé entre « le besoin réel » et « la consommation de biens » que l’on a actuellement.

C’est aussi une des raisons pour lesquelles je me suis lancé dans cette aventure : découvrir ensemble des alternatives ou des manières de s’habiller élégamment en consommant moins mais mieux.

Merci de m’avoir lu.

Sources

www.futura-sciences.com
https://blog.kraftworkwear.com
https://journals.openedition.org/nda
www.loveandjam.fr
www.prota4u.org
www.revue-horizons.ch
www.commodafrica.com
https://fr.statista.com
www.planetoscope.comwww.natura-sciences.com
www.harappa.com
www.fao.org
www.who.int
Histoires, Livre III, 106 – Hérodote
Les arbres à laine, origine et histoire du coton dans l’Ancien Monde – Margareta Tenberg et Christophe Moulhérat
Appelton's Cyclopaedia of Applied Mechanics, 1892
Romain

Auteur du blog "Elégance & Précision", Horloger sartorialiste et calcéophile, je partagerai avec vous tout ce que je trouverai sur les sujets qui nous intéressent : l'élégance masculine.

5 commentaires

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    Knup

    Vraiment très intéressante l’approche que tu as ici. Je n’en attendais toutefois pas moins de toi 🙂

    Je n’ai jamais vraiment été « à la mode », ni une grosse consommatrice de fringue (ça doit souvent aller ensemble 🤔) mais j’ai un point faible : les pantalons !
    Cela dit, j’ai décidé que ma quête du pantalon parfait ne se passerait plus en magasin mais derrière la machine à coudre. Et là, le problème du tissu se pose de nouveau. Dans les magasins de tissus que j’ai fréquenté, aucun moyen de connaître ni les provenances, ni les conditions de production, c’est totalement opaque. C’est vraiment intéressant d’aborder ce sujet parce que quand on parle d’industries polluantes, l’industrie du textile n’est pas celle qui saute aux yeux au premier abord. Et quand on voit les conditions de travail des personnes qui fabriquent les vêtements…ça fait frémir… Je serai vraiment curieuse de savoir s’il existe des labels sérieux dans ce domaine.

    En tout cas, merci pour la lecture qui fait réfléchir, hâte de
    voir la suite !

    • Romain

      Romain

      Merci pour ton message chère Knup. Concernant les tissus, c’est en effet bien compliqué de trouver des infos, à moins d’acheter un tissu de marque, marque qui choisira de communiquer sur son process de production. Dans l’univers du vêtement masculin, deux maisons me viennent à l’esprit : Brisbane Moss coté anglais, connue pour ses toiles de coton en twill, ou ses corduroy de qualité et robuste (parfait pour des pantalons chino par exemple, ou des pantalons en coton sans forcément être des chinos), ou Sondrio coté italien, réputée pour ses cotons et blends de coton. Cette dernière communique par exemple sur son site sur le thème de « sustainability » (littéralement « économie durable »).

      Après sur les sites de couture un peu mainstream, c’est en effet très opaque. Tu as la marque du tissu mais souvent ce ne sont pas des marques de fabricant mais uniquement des revendeurs ou des grossistes. En gros, la traçabilité est impossible (ou demande un très gros travail d’investigation). Pour des tissus à moins de 10€ le mètre, j’imagine peu de monde faire ce travail. Mais même avec les grandes maisons, la traçabilité n’est pas évidente, le seul rempart c’est qu’elles ont une vraie mission de communication pour garder leur réputation, et si on leur pose la question, elles devraient être à même d’y répondre en fournissant des informations précises. Par contre, c’est pas les mêmes tarifs c’est sûr. Encore que, la différence de prix est pas toujours si énorme.

      Concernant les labels, il existe deux termes qui font échos à la majorité des personnes je pense : le bio et l’équitable. Chaque label est dédié à un des deux enjeux que je présente dans l’article. En revanche, l’un et l’autre sont soumis à controverse (comme souvent dès qu’il y a un label moral ou éthique, il y a des gens qui vont en tirer profit à l’inverse de l’essence même de ces labels). Je ferai volontier un article sur le sujet, pas aussi long que celui-ci mais qui permettra d’avoir un aperçu de la question!

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