mouvement de montre à quartz
Horlogerie

Fonctionnement d’une montre à quartz

Cet article fait suite à mon premier article horloger sur le fonctionnement d’une montre mécanique. Je souhaitais démarrer le sujet en évoquant les différences entre montre mécanique et montre à quartz, mais force fut de constater qu’il était compliqué de tout condenser dans un seul et même article. C’est la raison pour laquelle je dédie un article au fonctionnement de la montre à quartz.

Quand on parle d’horlogerie, on ne peut pas ne pas parler de montre à quartz. En effet, il faut s’imaginer que 3 montres sur 4 sur le marché sont des montres à quartz. Mais une montre à quartz, c’est quoi ?

La montre à quartz est généralement présentée par opposition à la montre mécanique, dans le sens où elle puise son énergie d’une pile, ou d’une source d’énergie électrique. Pourquoi ne pas l’appeler « montre à pile » plutôt que « montre à quartz » ? Parce que le quartz est l’organe régulateur de la montre, à l’instar du balancier-spiral pour un mouvement mécanique. Allez, on se lance et on va entrer dans le détail.

mouvement quartz ETA 955.412
Mouvement ETA 955.412

Les 5 organes de la montre à quartz

Vous retrouvez ici le schéma que j’ai utilisé pour la montre mécanique, adapté à la montre à quartz. On s’aperçoit de plusieurs choses. D’une part, les interactions entre les différents organes ne sont pas les mêmes, ni dans le même sens. Ensuite les organes ne sont pas constitués des mêmes éléments entre mécanique et quartz.

organes de la montre à quartz

Nous allons maintenant regarder de plus près chacun de ces organes pour comprendre comment ils marchent, et comment ils interagissent ensemble.

L’organe moteur : la source d’énergie

Bon, pour décrire cet élément, j’avais deux alternatives. Vous expliquer que la pile est un réservoir d’énergie électrique qui va fournir l’énergie nécessaire à la montre pour fonctionner en délivrant un courant électrique continue, et m’arrêter là, ou bien entrer un peu plus dans le détail et reprendre le principe de fonctionnement d’une pile. J’ai opté pour cette deuxième solution car elle apportera une base essentielle dans la compréhension du rhodiage des pièces d’horlogerie, un peu plus tard 😉

Principe de fonctionnement d'une pile

Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part au lycée, nous avons fabriqué une pile en cours de chimie. Enfin, fabriquer une pile, c’est beaucoup dire. Nous avions exécuté un montage permettant de mettre en lumière le fait qu’une réaction chimique d’oxydo-réduction pouvait être exploitée de sorte à transformer de l’énergie chimique en énergie électrique.

Pile de Daniell oxydo-réduction
source illustration : guy-chaumeton.pagesperso-orange.fr
L'oxydo-réduction : c'est quoi ?

Pour la faire courte, et en me servant de l’illustration ci-dessus qui vous rappellera surement des souvenirs (pile de Daniell), lors d’une redox, on observe un transfert d’électrons d’une anode (ici l’électrode de Zinc) vers une cathode (ici l’électrode d’Argent). Et qui dit transfert d’électrons dit courant électrique ! Chaque électrode est plongée dans une solution ionique correspondant à son élément.

Sur l’illustration ci-dessus, le principe de la pile de Daniell est présenté avec les composants qui nous intéressent, à savoir le Zinc et l’Argent. Car les piles utilisées en horlogerie sont généralement des piles à l’oxyde d’Argent.

Au niveau de la cathode, donc de l’électrode d’Argent, se passe ce qu’on appelle une réduction : les ions Ag+ captent les électrons provenant du circuit extérieur et se transforment en Argent métal. Un dépôt d’Argent s’installe sur la cathode d’Argent.

Au niveau de l’anode, donc de l’électrode de Zinc, il se passe une oxydation : Le Zinc cède des électrons au circuit extérieur et libère des ions Zn2+ en solution. L’anode de Zinc est consommée.

Entre les deux solutions, nous pouvons voir un élément en jaune appelé « Pont Salin ». Cet élément est également appelé « Electrolyte ». Dans le cas d’une pile à l’oxyde d’Argent, l’électrolyte est généralement une solution de potasse ou de soude. Ce pont salin est poreux, et permet, grâce aux ions chimiquement inertes qui le composent, de compenser les excès ou les manques de charges provoquées dans les solutions électrolytiques.

Pile à oxyde d'argent
Source illustration : Witschi

Les piles que l’on trouve dans une montre à quartz se présentent comme sur la coupe transversale ci-dessus. De façon naturelle (ou chimique), il y a donc un transfert d’électron du pôle négatif vers le pôle positif de la pile. Le courant électrique est généré dans le sens inverse du mouvement des électrons.

Nous avons notre source d’énergie : électrique.
Courbe de décharge d'une pile de montre à quartz
Source illustration : Witschi

Les piles utilisées dans un mouvement horloger sont généralement des piles à l’oxyde d’argent comme je le disais plus haut. Ces piles ont une tension de 1,55 Volts. On peut constater son cycle de décharge sur l’illustration ci-dessus. Durant 60% à 80% de sa durée de vie, la pile va délivrer une tension relativement constante oscillant entre 1,55V et 1,40V. La plupart des mouvements seront fonctionnels jusqu’à une certaine limite de tension comprise entre 1,10V et 1,30V. Donc finalement, le rendement de la pile est plutôt intéressant. Lorsqu’elle arrive au bout de sa vie, sa tension chute de façon plus prononcée et la montre s’arrête. La pile continue sa décharge mais elle n’aura plus d’impact sur le mouvement car la tension sera insuffisante pour faire tourner ce dernier.

Capacité d’une pile et durée de fonctionnement d’un mouvement

La capacité d’une pile se mesure en mAH (miliAmpère/heure). La consommation d’énergie d’un mouvement est également mesurée en Ampère (en µA plutôt) et la mise en relation entre les deux nous permet de mesurer la durée de fonctionnement théorique d’un mouvement à quartz.

Fiche technique mouvement quartz
Extrait de fiche technique ETA 955.412

Si je prends l’exemple d’un mouvement à quartz très connu et assez répandu sur le marché, le mouvement ETA 955.412. Sa fiche technique nous indique qu’un fonctionnement normal engendre une consommation qui doit être inférieure à 1,20 µA.

La pile correspondant à ce mouvement est la référence 371. En prenant au hasard, une marque Suisse allez, Renata, leur pile 371 est donnée avec une capacité nominale de 35 mAh. Nous avons toutes les données pour déterminer le nombre d’heures durant lesquelles notre mouvement va fonctionner :

Consommation du mouvement : 1,20 µA, soient 0,0012mA.

Capacité nominale de la pile : 35 mAh

Durée théorique de fonctionnement :

35mAh / 0,0012mA = 29 166 heures (env. 40 mois) soient un peu plus de 3ans.

Je vous propose qu’on s’arrête ici pour la présentation de l’organe moteur, ou la source d’énergie.

La base de temps : Quartz et Circuit Intégré

Le quartz et le circuit intégré sont liés car l’un sans l’autre, rien ne se passe. D’un côté, on a le quartz qui va vibrer à une certaine fréquence pour donner la base de temps, de l’autre on a le circuit intégré qui va exploiter et calculer la fréquence d’oscillation du quartz pour donner l’information et l’énergie nécessaire au moteur pas à pas et faire fonctionner le mouvement.

Nous allons diviser cet organe en 2 parties, en commençant par expliquer en quoi le quartz est central dans le mouvement, rendant évidente la raison pour laquelle on appelle ça… un mouvement à quartz.

Le Quartz : le cœur du mouvement

Le quartz est une espèce minérale du groupe des silicates, sous-groupe des… Nan, sérieusement, je ne vais pas entrer là-dedans. Dans mon explication du quartz, je vais mettre en lumière avant toute chose une de ses caractéristiques qui le rendent intéressant en horlogerie : la piézoélectricité.

Le quartz est un matériau piézoélectrique, c’est-à-dire que, soumis à un courant électrique, il va se mettre à osciller. Sa fréquence d’oscillation est si élevée, et sa déformation étant difficilement perceptible à l’œil nu, on dit souvent qu’il vibre.

Bref. Le quartz oscille lorsqu’il est soumis à un courant électrique et on arrive à modifier sa fréquence d’oscillation en adaptant sa forme et sa taille !

Et voici ci-dessous un cristal de quartz encapsulé, taillé en forme de diapason, forme et taille communément utilisée dans l’horlogerie.

Crystal de quartz
source illustration : inconnue

Pourquoi ?

Parce que dans cette configuration, le quartz oscille à une fréquence de 32 768 Hertz, soient 32 768 oscillations par seconde. C’est intéressant en horlogerie parce que 32 768 oscillations, c’est 215 Hertz, donc 215 x 1 Hertz. Le circuit intégré va pouvoir ramener cette fréquence à 1 Hertz en divisant la fréquence initiale du quartz par 215 par l’intermédiaire de portes logiques (a priori 15). Restons-en là, je ne maitrise pas les calculs de portes logiques au point de vous faire la démonstration du calcul étape par étape, en revanche, l’idée est là : le circuit intégré est un calculateur qui enregistre la fréquence d’oscillation du quartz et la divise par 2 à 15 reprises pour obtenir une fréquence exploitable de 1 Hertz.

Le circuit intégré : le cerveau du mouvement à quartz

Et oui, moins glamour  que dans une montre mécanique, ici, le cerveau du mouvement est un supercalculateur électronique : le Circuit Intégré. Tout est relié à lui !

Circuit intégré de montre à quartz

On voit rarement le circuit intégré d’un mouvement comme ceci. Il est généralement recouvert d’une résine qui le protège (pour éviter toute altération d’une piste ou d’un composant tout simplement).

Une partie du circuit est consacrée au quartz : elle comprend un amplificateur, des capacités de réglage et le quartz lui-même pour former ce qu’on appelle un oscillateur Pierce.

Une seconde partie est composée de 15 étages (les fameuses portes logiques) permettant de diviser chacune par 2 la fréquence d’oscillation du quartz pour la ramener à 1Hz (fréquence de la seconde).

Une troisième partie est consacrée au moteur pas à pas, auquel le CI va envoyer des impulsions électriques qui seront transformées en impulsions électromagnétiques (nous y viendrons dans le point suivant).

Et évidemment une quatrième partie est reliée à la pile dont le courant va alimenter toutes les fonctions de la montre.

Il sera intéressant de parler des notions d’inhibitions ou d’asservissement, ou d’E.O.L., qui sont toutes des fonctions du Circuit Intégré. Néanmoins, je vous propose d’en parler à la fin, une fois que l’on aura compris le fonctionnement du moteur pas à pas, et des relations avec les autres organes, pour que ces 3 notions soient beaucoup plus faciles à intégrer.

L’organe distributeur : le moteur pas à pas

Le moteur pas à pas, ou moteur Lavet du nom de son inventeur (1936 Marius Lavet) est un système permettant de transformer des impulsions électriques en mouvement angulaire. Bien sûr, on va entrer en profondeur dans l’explication de ce fameux moteur pas à pas pour comprendre comment tout ça fonctionne.

moteur pas à pas de montre à quartz
Source illustration : ALPMN

Posons d’abord la terminologie. Notre organe distributeur, ou moteur pas à pas, est constitué de 3 éléments :

  1. La bobine, constituée d’une tige en fer doux autour de laquelle on enroule un fil de cuivre d’environ 50 mètres de long (imaginez la finesse du fil de cuivre et le nombre de spires, de l’ordre de 10 000 je crois) ; Lorsque la bobine est soumise à une impulsion électrique (délivrée par le circuit), elle génère une force magnétique et agit comme un aimant.
  2. Le stator, à travers lequel le champ magnétique généré par la bobine va se répandre. Le stator est construit en fer doux de telle sortes que lorsque la bobine n’émet pas de champ magnétique, il retrouve un état non magnétique.
  3. Le rotor, qui est l’élément mobile du moteur et sera la source du mouvement angulaire. Il est construit en alliage spécial de Samarium-Cobalt et est magnétisé de façon permanente. Il est placé au centre du stator dans un logement dédié à cet effet. Le rotor a une partie dentée et entre en contact direct avec le rouage.

Maintenant, voyons ensemble comment tout ce joli monde fonctionne. J’ai récupéré une illustration très bien faite que j’ai modifiée en ajoutant le plus d’éléments permettant de mieux appréhender le fonctionnement étape par étape.

Moteur pas à pas rotor stator bobine

Etape a : Aucun courant ne circule. Le logement dans lequel se trouve le rotor, que l’on appelle l’entrefer, dispose d’une géométrie particulière faisant tendre le rotor à se positionner au repos, à l’endroit où l’attraction est la plus forte (cf schéma ci-contre). Sur l’illustration ci-dessus, l’entrefer est schématisé de façon simplifié avec les petites encoches, néanmoins la position et la forme de ces encoches est déterminée de façon précise. Ce schéma ci-contre permet simplement de visualiser et comprendre la raison pour laquelle le rotor se positionne de biais au repos et ne garde pas sa position « sous tension ». C’est justement ce décalage de position entre repos et sous tension qui engendre la rotation.

Géométrie de l'entrefer du stator

Etape b : Un courant circule dans la bobine, créant un champ magnétique entre les extrémités du stator. Ce dernier se polarise en fonction de la polarité de l’impulsion. Le rotor effectue une rotation d’angle α sous l’effet du magnétisme.

Etape c : L’impulsion de courant cesse. Le stator n’est plus aimanté et le rotor poursuit sa course jusqu’à la prochaine position de repos, en effectuant une rotation d’angle β.

A ce stade, nous avons notre premier « demi-tour » engendré par la somme des rotations d’angle α + β.

Etape d : Le courant circule à nouveau dans la bobine, mais avec une polarité inversée, créant un champ magnétique inverse entre les pôles du stator. Ce dernier se polarise donc à l’inverse de l’étape b. Le rotor effectue une rotation d’angle α sous l’effet du magnétisme.

Etape a bis : L’impulsion de courant cesse, le stator n’est plus aimanté et le rotor poursuit sa course jusqu’à sa prochaine position de repos en effectuant une rotation d’angle β, soit la même position qu’au point de départ (on est revenu à l’étape a).

Nous avons fait 2 demi-tours, notre rotor a effectué un tour complet et entrainé d’autant le rouage avec lequel il engrène.

Vous aurez certainement remarqué qu’il y a une alternance entre impulsion électrique positive et négative. C’est le principe du courant alternatif. La pile diffusant un courant continue, c’est le Circuit Intégré, qui, en sa qualité de cœur mais aussi de cerveau de la montre à quartz, va transformer le courant continue en courant alternatif, émettant des impulsions électriques successivement positives puis négatives.

Chaque impulsion électrique est très courte, et dure en général moins de 5 millisecondes.

J’espère qu’à ce stade, je ne vous ai pas encore tués.

J’aimerais vous rassurer en vous disant que c’est presque fini, et je ne vous mens pas ! On a vu les éléments les plus techniques. En effet, pour la partie transmission et affichage, je ne vais pas m’étendre, dans la mesure où ces éléments ont déjà été abordé dans mon article sur le fonctionnement de la montre mécanique, et le principe est exactement le même. La seule différence, c’est que l’entrainement est différent.

L'organe de transmission et l'affichage

Rouage quartz 955.412
Vue éclatée du rouage sur un mouvement ETA 955.412

Rien que pour vous, j’ai fait une petite séance de coloriage 😊 J’ai décidé de raccourcir cette partie par l’intermédiaire de la jolie coupe colorisée ci-dessous pour parler à la fois de la transmission ET de l’affichage.

Finalement, dans un mouvement à quartz, la transmission est presque plus simple à comprendre que dans un mouvement mécanique dans la mesure où le moteur pas à pas mène directement le rouage, et le rouage va découper par le biais de rapports de transmission, chaque pas de telle sorte que le mobile de seconde avance de 6° à chaque pas (c’est-à-dire l’équivalent d’une graduation d’une seconde : 1 tour complet équivaut à 360°, il y a 60 secondes pour faire un tour : 1 seconde = 6°), etc.

Rouage d'un mouvement à quartz

Sur cette illustration, notons que la plaque noire est la platine du mouvement. Je vais vous décrire l’enchainement du rouage élément par élément (en mentionnant les couleurs).

Le rotor (en rouge) fait un pas (180°), il fait avancer la roue intermédiaire (en bleu). La roue intermédiaire engrène avec le mobile de seconde (en jaune), et par le rapport de transmission de leur denture respective, fait avancer le mobile de seconde de 6° comme expliqué plus haut.

Allez, je sens que vous avez envie d’un petit calcul de rapports d’engrenage. Vous renvoyer directement à l’article sur la montre mécanique, ce serait un peu trop simple, et je vous lis déjà en commentaire hurler à l’article au rabais ! Alors nous allons décomposer le rapport de transmission entre le rotor et le mobile de seconde.

Ce que l’on sait :

  • Le rotor effectue une rotation de 180° par pas (un demi-tour par impulsion électrique).
  • Le mobile de seconde doit avancer de 6° par pas (pour marquer la seconde).

La formule des rapports de transmission, si vous vous souvenez, correspond à :

formule rapport de transmission

Avec ωs et ωe respectivement les vitesses angulaires en entrée et sortie du train de rouage.

Dans notre cas, on ignore le nombre de dents du rouage (comme c’est une coupe pixelisée de mauvaise qualité). En revanche, nous avons les vitesses angulaires et c’est tout ce qui nous intéresse :

ωs = 6°

ωe = 180°

On a un rapport de transmission de 6/180, c’est-à-dire de 1/30 !

On ferme la parenthèse des rapports de transmission pour revenir à notre rouage. Notre mobile de seconde (en jaune) est donc entrainé par la roue intermédiaire (en bleu). Le mobile de seconde est traversant et son pivot dépasse de l’autre côté de la platine et accueillera l’aiguille des secondes. Notre mouvement à quartz fonctionne et affiche déjà le tempo, la seconde.

En revanche, nous voyions dans le cas d’un mouvement mécanique que le mobile de centre traversait la platine et portait une chaussée qui était chassée sur celui-ci et donc entrainée par lui.

Vous aurez peut-être remarqué qu’ici, le pivot du mobile de seconde n’entraine absolument rien. Il traverse une cheminée fixe qui est au centre de la platine. Finalement, c’est le mobile de moyenne (en vert) qui est entrainé par le mobile de seconde, qui va traverser la platine et à son extrémité se trouve un pignon denté.

transmission

Ce pignon va entrainer la chaussée (en violet) qui est posée librement sur la cheminée au centre de la platine. Cette chaussée va porter l’aiguille des minutes. Nous aurons donc un rapport de transmission de 1/60 entre le mobile de seconde et la chaussée.

Sur cette chaussée sera posée librement la roue des heures (en bleu turquoise) qui portera l’aiguille des heures. Cette roue des heures est entrainée par la roue de minuterie (en orange) qui est elle-même entrainée par la roue entraineuse de la chaussée (en violet). La roue de minuterie offre un rapport de transmission de 1/12 entre la roue des heures et la chaussée (puisque la roue des minutes aura fait 12 tours pendant que la roue des heures n’en aura fait qu’un).

CQFD.

La mise à l’heure

En ce qui concerne la mise à l’heure, le principe est exactement le même que pour la montre mécanique. Ici, je vais vraiment vous renvoyer à l’article dédié, car même dans cet article je ne me suis pas étendu sur le sujet, car j’ai trouvé une illustration extrêmement bien faite qui permet de bien comprendre le fonctionnement. C’est donc ICI qu’il faut cliquer.

Différentes fonctions du Circuit Intégré

Je vous ai parlé tout à l’heure de fonctions intégrées au Circuit Intégré. Ces fonctions sont des programmes électroniques enregistrés dans le cerveau du CI qui permettent au mouvement d’avoir un fonctionnement optimal. Je vais vous parler de 3 d’entre-elles qui me paraissent essentielles : l’inhibition, l’asservissement et l’E.O.L. Je ne vais pas forcément rentrer dans un détail de programmation électronique ici. En revanche, je vais vous expliquer le principe de fonctionnement et la raison d’être de chacune de ces fonctions.

L'inhibition

Lorsque je vous ai parlé de Quartz plus haut, je vous ai indiqué qu’en fonction de sa forme et de sa taille, ce dernier allait vibrer à une fréquence de 32 768 Hertz. Cette valeur est extrêmement précise, ce qui appelle à une extrême précision d’usinage. En fonction de la qualité de ce dernier, c’est-à-dire du cristal en lui-même, de la qualité de sa taille et de sa forme, il peut y avoir un léger différentiel entre la fréquence théorique recherchée de 32 768 Hertz et la fréquence effective du quartz, ce qui impacte la précision de la montre. L’objectif est d’avoir une fréquence la plus proche possible de 32 768 Hertz.

L’idée dans un système de réglage par inhibition est d’avoir un quartz qui vibre à une fréquence légèrement supérieure à la fréquence théorique. Par comparaison avec une horloge de précision, on détermine le delta entre les deux fréquences et cette donnée est enregistrée dans le module électronique de l’inhibition. Ce dernier va, à intervalle régulier (1 fois par minute en général) soustraire le nombre d’impulsions nécessaire et correspondant à ce delta. En somme, le système de réglage par inhibition est un moyen de corriger l’imprécision d’un quartz.

inhibition

Dans la pratique : mon quartz vibre à une fréquence légèrement plus haute que celle recherchée, interprétée par le CI de sorte que ce dernier donne des impulsions correspondantes à une précision de +3 sec/jour. Le programme d’inhibition va, 1 fois par minute corriger cette moyenne en supprimant le nombre nécessaire d’impulsion pour ramener la moyenne des impulsions à une précision proche d’une dérive nulle (+/-0,01 sec/jour).

L'asservissement

Le principe de l’asservissement repose sur deux notions. D’une part le hachage des impulsions moteur, qui permet d’économiser la consommation d’énergie : au lieu d’émettre une impulsion électrique continue pendant la durée d’un pas, le CI va émettre plusieurs impulsions à intervalle régulier durant cette période, permettant de diviser par deux la consommation d’énergie.

asservissement d'un CI de montre à quartz

La seconde notion liée au fait que le hachage va permettre d’émettre des impulsions de durées différentes impliquant une force motrice générée différente.

asservissement d'un CI de montre à quartz
source illustration : Witschi

Sur le schéma ci-dessus, à gauche, on voit 2 impulsions successives. L’une de tension positive, l’autre de tension négative. Nous avons vu dans la partie sur le moteur pas à pas que le CI envoie des impulsions de tension alternative afin d’inverser la polarité du stator pour entrainer la rotation complète du rotor.

Le principe est le suivant : lorsque le rotor a réalisé son pas, il est entrainé dans sa course jusqu’à atteindre son prochain point de repos. Le chemin parcouru par le rotor à ce moment (rotation d’angle β sur le schéma du moteur pas à pas) va émettre un signal de tension inverse que le CI va interpréter comme « pas exécuté avec succès ».

Je disais tout à l’heure qu’une impulsion moteur dure moins de 5ms : 4,8ms. Dans le cas d’un système de gestion du moteur avec asservissement, il y aura plusieurs impulsions durant cet intervalle de temps. Si à l’issu de ces 4,8ms le CI ne reçoit pas le signal « d’exécution du pas avec succès », il va alors renvoyer des impulsions plus longues pour forcer le pas. Si à l’issue de cette seconde vague d’impulsions plus longues, le CI ne perçoit toujours pas la confirmation de la bonne exécution du pas, il émettra alors à nouveau une série d’impulsions, encore plus longues que les précédentes. Et ainsi de suite jusqu’à ce que le pas soit exécuté.

Cette fonction est utile dans le cas où une particule viendrait freiner le rouage. Le CI va adapter la force du moteur pas à pas pour permettre de passer cet obstacle.

La majorité des mouvements sont aujourd’hui équipés de systèmes de gestion du moteur avec asservissement. Bien comprendre son fonctionnement permet de détecter un problème dans un mouvement. En effet, les appareils de contrôle contemporains permettent de mesurer la durée d’une impulsion moteur. Si cette dernière est inférieure ou égale à 4,8ms, on considère que le mouvement fonctionne correctement. Si la durée de l’impulsion est supérieure voire très supérieure, cela peut être interpréter par le fait que le rouage n’est plus libre et les causes peuvent être multiples : poussière ou particule dans le rouage, bavure sur une dent de rouage due à un choc, voir carrément déformation d’un élément du rouage. Cela aura une incidence sur le fonctionnement de la montre comme par exemple sa consommation.

L’E.O.L. (End Of Life)

Cette dernière fonction est un petit gadget bien pratique qui permet de terminer cet article de façon plus légère. La fonction E.O.L. n’est pas présente sur tous les mouvements à quartz, mais sur la majorité d’entre eux.

Lorsque la tension de la pile atteint un certain niveau (généralement < 1,35V), la fonction E.O.L. s’enclenche. E.O.L. comme End Of Life ou en français « fin de vie » de la pile. Nous avons vu dans la première partie dédiée à la pile que sa courbe de décharge est stable dans le temps, mais lorsqu’elle commence à décroitre, sa courbe chute radicalement. Par conséquent, dès lors que la tension de la pile commence à décroitre, alors on est proche de la fin de vie de la pile.

Lorsque la fonction s’active, le CI enverra une succession d’impulsions toutes les 5 secondes, de telle sorte que l’aiguille des secondes effectuera 1 saut de 30° toutes les 5 secondes. Ainsi, le porteur de la montre reçoit un signal visuel explicite lui indiquant que sa pile va bientôt rendre l’âme et qu’il est temps de la changer.

Le mot de la fin

Nous arrivons au terme de cet article sur le fonctionnement d’une montre à quartz. J’espère sincèrement qu’il n’était pas trop lourd, néanmoins par essence, il se veut forcément un peu technique (ne serait-ce qu’entre le CI, le quartz et le moteur pas à pas).

Quoi qu’il en soit, de la même manière que pour l’article présentant le fonctionnement d’une montre mécanique, on retrouve ici un condensé d’informations qui sont désormais à votre disposition. Nulle obligation d’avoir lu l’article en entier, ou de l’avoir lu d’une seule traite. Je n’aborde pas non plus tous les aspects du mouvement quartz, il y en a tant que je ferai d’autres articles, plus courts, sur chacun de ces sujets. Ce sera plus lisible et plus ciblé.

Pour finir, je tiens à rassurer le lecteur et amateur d’histoire qui n’a pas eu sa dose avec cet article sur la montre à quartz. J’ai volontairement occulté la partie historique de cet article car elle n’était, à mon sens, pas le propos. La première montre à quartz est sortie un 25 décembre 1969 au Japon, et c’était une Seiko (Astron) qui valait à peu près le prix d’une voiture. Le prix de l’innovation et de la technique ! Quand on voit ce que coûte un mouvement à quartz aujourd’hui… Mais tout ceci est un autre sujet, et j’ai dans l’idée d’écrire un article prochain sur le sujet, en mettant en perspective l’arrivée du quartz et la crise horlogère des années 70.

La montre à quartz est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et aussi beaucoup de larmes. Décriée par certains, adulée par d’autres, quand on parle de montre à quartz, il y a réellement de quoi débattre des heures et j’aurai plaisir à vous démontrer qu’il existe des montres dotées de mouvement à quartz qui valent largement leur pesant d’or. Parce que comme pour tout, il y a montre à quartz, et montre à quartz…

 

Merci de m’avoir lu.

Romain

Auteur du blog "Elégance & Précision", Horloger sartorialiste et calcéophile, je partagerai avec vous tout ce que je trouverai sur les sujets qui nous intéressent : l'élégance masculine.

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